Une journée au cœur des « Cigognes »
Le 24 mars 2026, l’équipe Spotter de l’ANORAAE a eu l’opportunité rare de poser ses objectifs sur la base aérienne 116 de Luxeuil-Saint-Sauveur avec 4 autres journalistes de presse spécialisée. Direction : le Groupe de Chasse 1/2 « Cigognes », une unité à part dans l’armée de l’Air et de l’Espace.
Dernier escadron à mettre en œuvre le Mirage 2000 dédié à la défense aérienne, les « Cigognes » incarnent aujourd’hui encore l’excellence du combat air-air. Leur rôle ? Protéger, intercepter, dominer le ciel… mais aussi épauler les autres unités lors de missions complexes.
La BA-116 et l’arrivée des Rafale
À Luxeuil, l’histoire est en train de s’écrire sous nos yeux.
Commandant de la base aérienne 116, le Colonel ROUX
D’ici 2036, la base aérienne 116 va changer de dimension pour devenir un pilier de la dissuasion nucléaire aéroportée. Elle accueillera deux escadrons de Rafale au standard F5, accompagnés du futur missile nucléaire hypersonique. Un retour stratégique au premier plan, aux côtés de Saint-Dizier.
Mais cette montée en puissance ne se fera pas sans transformation. La base va littéralement se réinventer : piste renforcée, nouveaux hangars adaptés aux Rafale, infrastructures hautement sécurisées… jusqu’aux systèmes de protection contre les menaces cyber. Les travaux s’étaleront de 2029 à 2036 et marqueront une pause temporaire de l'activité aérienne. Une parenthèse nécessaire pour repenser entièrement l'organisation du site.
Et ce n’est pas tout. Avec l’arrivée d’une cinquantaine d’appareils, les effectifs vont presque doubler. Derrière les avions, ce sont des centaines de femmes et d’hommes qui feront vivre la base : mécaniciens, contrôleurs, commandos, pompiers… toute une chaîne humaine indispensable.
Au-delà du militaire, c’est aussi tout un territoire qui se prépare à évoluer. La base, déjà moteur économique local, verra son influence encore renforcée dans les années à venir.
Elément clé pour permettre au avion de voler, les mécaniciens
Alignement de tuyères de M53. Moteur particulièrement fiable et performant avec la particularité d’être simple corps, ce qui assez rare pour un moteur militaire. Luxeuil est le point central pour la maintenance de ces moteurs pour les autres escadrons de Mirage 2000D.
Le Mirage 2000-5F
Impossible de parler des « Cigognes » sans évoquer leur monture actuelle.
Entré en service en 1999, le Mirage 2000-5F représente l’aboutissement de la version dédiée à la défense aérienne. Cockpit modernisé, radar RDY capable de suivre plusieurs cibles, missiles MICA « tire et oublie »… un concentré de technologie au service de la supériorité aérienne.
Il assure au quotidien des missions essentielles : police du ciel, escorte de missions sensibles, posture permanente de sûreté. Un rôle discret, mais crucial. Il est à noter que malgré son ancienneté, il continue a être totalement pertinent face aux nouvelles menaces comme les drônes par exemple.
Engagé en Libye, au Levant ou encore dans les pays baltes, il continue aujourd’hui d’opérer sur différents théâtres. Et il conserve une particularité rare : celle d’être le dernier chasseur bi-sonique encore en service dans l’armée française.
Sortie du hangar pour partir en mission de nuit équipé de 2 bidons RPL 541/542 de 2000 litres
Le magnifique camouflage caractéristique des Mirage 2000 de la DA
Le Groupe de Chasse – un peu d’histoire
Derrière le nom « Cigognes » se cache plus d’un siècle d’histoire.
Tout commence avant la Première Guerre mondiale, mais c’est en 1916 que l’unité prend véritablement son envol. Le commandant Brocard choisit alors la cigogne comme emblème, en référence à l’Alsace, territoire hautement symbolique.
Rapidement, le groupe de combat 12 s’impose comme une référence, totalisant 444 victoires. Dans ses rangs, des noms devenus légendaires : Guynemer, Fonck…
Après 1918, l’unité évolue, se transforme, mais ne disparaît jamais vraiment. Elle combat en 1940, renaît au sein de la Royal Air Force, participe au débarquement de 1944, puis poursuit son engagement en Indochine.
Avec l’arrivée des avions à réaction, puis des Mirage, elle entre dans l’ère moderne sans renier son héritage.
Depuis 1984, le Mirage 2000 marque une nouvelle étape. Puis, en 1999, la version -5 renforce encore ses capacités, faisant des « Cigognes » un acteur clé de la défense aérienne française.
Aujourd’hui encore, à Luxeuil, la tradition perdure. L’emblème de la cigogne n’est pas qu’un symbole : c’est un héritage vivant.
Frise chronologique synthèse retraçant l'histoire des "Cigognes"
Le bar de l'escadron avec la véritable cigogne de Guynemer
Les escadrilles
La cigogne n’est pas qu’un emblème unique : elle se décline, se transforme, et raconte une histoire différente selon les escadrilles. Chaque unité possède sa propre identité, son propre style… mais toutes partagent la même origine et la même mémoire.
Le nom « cigogne » est un symbole fort. Il rappelle les oiseaux migrateurs et les régions d’Alsace, pour lesquelles de nombreux jeunes Français ont combattu et sont morts.
Le commandant Brocard choisit de faire peindre une cigogne blanche aux ailes baissées sur un avion Nieuport de l’escadrille « 3 ». Ensuite, il demanda aux autres escadrilles d’adopter chacune une cigogne différente. Cette idée a donné naissance à une tradition d’insignes, qui s’est développée au fil du temps, tandis que les escadrilles des Cigognes ont toujours conservé leur identité, avec des avions portant ces symboles.
SPA 3 – La cigogne aile basse, dite « de Guynemer »
L’escadrille SPA 3 est créée en 1912 à Pau sous le nom BL 3, équipée d’avions Blériot. Dès le début de la Première Guerre mondiale, elle participe à de nombreuses missions (reconnaissance, bombardement, chasse). Elle évolue ensuite avec de nouveaux appareils, devenant successivement MS 3 (Morane-Saulnier), puis N 3 (Nieuport) en 1916, avant de devenir définitivement SPA 3 en 1917 avec les avions SPAD.
Intégrée au prestigieux groupe des « Cigognes » (GC 12), elle se distingue particulièrement pendant la guerre, notamment à Verdun. Elle compte parmi ses pilotes des figures majeures comme Georges Guynemer (53 victoires). À l’armistice, elle totalise 175 victoires homologuées et 160 probables, mais subit de lourdes pertes.
Après la guerre, elle reste intégrée au groupe « Cigognes » au sein de différentes réorganisations de l’armée de l’air. Depuis 1934, elle fait partie du Groupe de chasse 01.002 « Cigognes », qu’elle n’a jamais quitté.
SPA 103 – La cigogne aile haute, dite « de Fonck »
Depuis 1934, elle constitue la deuxième escadrille du groupe « Cigognes ».
La future SPA 103 est créée en 1913 comme escadrille de bombardement (BR 17), équipée de Bréguet. Après des débuts difficiles, elle est dissoute puis recréée en 1914 sous le nom VB 3 avec des avions Voisin III, participant à des missions de bombardement sur le front est.
En 1916, elle devient une escadrille de chasse (N 103), puis SPA 103 en 1917 après son passage sur SPAD. Intégrée au célèbre groupe des « Cigognes », elle adopte cet emblème et participe activement aux combats de la Première Guerre mondiale.
À l’armistice, elle totalise 108 victoires homologuées et 69 probables, avec des pilotes célèbres comme René Fonck (75 victoires). Très décorée, elle subit aussi des pertes importantes.
Après la guerre, elle est intégrée au groupe de chasse « Cigognes », dont elle devient en 1934 la 2e escadrille.
SPA 73 – La cigogne japonaise
Moins connue, mais tout aussi riche en histoire, la SPA 73 voit le jour en pleine guerre. Engagée sur plusieurs fronts, elle participe à des batailles majeures comme la Somme ou le Chemin des Dames.
L’escadrille SPA 73 est créée pendant la Première Guerre mondiale, issue d’un détachement formé en 1915 avec notamment le pilote Adolphe Pégoud. Elle devient officiellement la N 73 en 1916, puis SPA 73 en 1917 après son équipement en SPAD VII. Intégrée au célèbre groupe des « Cigognes », elle participe à des combats majeurs comme la bataille de la Somme et le Chemin des Dames, remportant 29 victoires homologuées.
Entre les deux guerres et durant la Seconde Guerre mondiale, l’unité est réorganisée et combat notamment sur Morane 406 puis Spitfire, participant à la libération de la Corse, au débarquement de Provence et à la campagne d’Allemagne.
Après 1945, elle est engagée en Indochine puis en Afrique du Nord. À partir des années 1960, sa mission évolue vers la formation des pilotes de chasse, sur Mystère IVA puis Alphajet.
La SPA 73 fête ses 100 ans en 2016, est mise en sommeil en 2022, puis réactivée en 2024 au sein du groupe de chasse 1/2 « Cigognes ».
Immersion au cœur d’une mission d’entraînement - Indicatif MARAUD 21
La mission que nous avons eu la chance de suivre met en œuvre un dispositif de deux Mirage 2000-5F intégrés dans une manœuvre combinée avec des Mirage 2000D de la 3e escadre, spécialisés dans l’attaque au sol. Elle se déroulait en fin de journée, au crépuscule, dans de très bonnes conditions météorologiques, offrant ainsi un cadre particulièrement propice à la réalisation de photos.
La préparation débute par un briefing permettant de balayer tous les aspects et de poser les bases de la mission : un Mirage 2000-5F en rôle d’escorte, chargé d’assurer la protection du dispositif d’attaque, et un second en mode agresseur. À partir de ce moment, tout va s’enchaîner : zone « ops » pour signer les ordres de mission, équipement des pilotes (gilet de combat, pantalon anti-G, casque et masque), prise en compte des avions et récupération des jarretières, départ pour les hangars avec les pistards, tour avion pendant que le système de navigation inertielle (UNI) se cale…
Briefing de la mission puis direction la salle OPS pour signer l’ordre de mission
Les pilotes récupèrent leurs équipements personnels et notamment leur casque dont le cimier est décoré au couleur du 1/2
Tour avion avec le Pistard et installation dans le cockpit afin de faire corps avec la machine
Une fois installé et brêlé dans le cockpit, check-list et mise en route du M53 P2, vérification Tt7 (température de la sortie turbine), tous les voyants éteints, l’avion est prêt à rouler pour test des freins. Les avions quittent leur abri durci afin de rejoindre le bout de piste, en attente de l’autorisation de décollage.
Une fois celle-ci accordée, les deux Mirage 2000 décollent l’un après l’autre afin de rejoindre leurs zones respectives et de démarrer l’exercice. La PC n’est allumée qu’après le lâcher des freins afin de les ménager.
Séquence de roulage vers le bout de piste
Les deux Mirage s’élancent, l’un après l’autre, avalant la piste avant de disparaître dans le ciel qui commence doucement à s’assombrir. L’exercice peut commencer.
M53 en PC pleine charge au crépuscule, 9,5 tonnes de poussée
À l’issue de la mission, retour à la base. Mais le travail ne s’arrête pas là.
Une fois la séquence tactique terminée, les appareils procèdent au désengagement et au retour vers la base. L’atterrissage marque la fin de la phase aérienne, mais pas celle de la mission.
Le débriefing permet de reconstruire précisément ce qui s’est réellement produit. À partir des données enregistrées, les trajectoires, les choix tactiques et les interactions sont analysés de manière factuelle. C’est à ce moment que les hypothèses formulées à chaud sont confirmées, nuancées ou infirmées.
Première partie du débriefing avant de contacter les copains de la 3
Ce type d’entraînement illustre une réalité essentielle : au-delà de la performance technique des avions, c’est la capacité à comprendre, anticiper et s’adapter à un adversaire qui conditionne l’efficacité opérationnelle.
Remerciements
Un très grand merci à l’ADC (R) Franck Manganiello et à la cheffe de la cellule communication Pauline G. , qui ont organisé cette visite et qui nous ont accompagnés tout au long de cette superbe journée.
Le Commandant Antoine "FLUSH"
Je tiens à remercier également le commandant de la BA 116, le COL Roux qui nous a consacré du temps afin d’échanger sur l’avenir de la base ainsi que le CDT Antoine « Flush » qui nous a accompagnés et avec qui nous avons pu partager notre passion.
Merci également aux mécaniciens et pilotes que nous avons rencontrés et suivis lors de notre visite.
Article et crédit photo : Pierre Ravry - ANORAAE
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