Inauguration - La seconde vie du Jaguar A148
L'équipe spotter de l'ANORAAE a eu le privilège d'assiter à l'inauguration du Jaguar A148.
Après huit mois de travail, le Jaguar A148 a retrouvé tout son éclat. Restauré par l’équipe d’Aero Refect Technical (ART), constitué de volontaires passionnés et localisé sur la Base aérienne 113 de Saint-Dizier, l’appareil est désormais prêt à rejoindre le musée de l’US Air Force aux États-Unis (à Dayton), où il contribuera à faire vivre l’histoire de l’aviation militaire française auprès du public américain.
Ce Jaguar n’est pas un avion comme les autres. Vétéran de la première guerre du Golfe, il fait partie du patrimoine de l’Armée de l’air et de l’Espace. Sa restauration avait donc une importance toute particulière.
Le chantier a été mené avec un soin remarquable. Chaque étape a été réalisée avec minutie : dépose et repose des moteurs, installation d’un siège éjectable, décapage complet au jet de sable, soufflage, préparation des surfaces, peinture puis application des marquages. Afin de rendre l’appareil le plus fidèle et le plus complet possible, certaines pièces ont également été prélevées sur d’autres Jaguar, notamment les moteurs, le siège éjectable ainsi que plusieurs instruments du tableau de bord. Un véritable travail de patience qui permet aujourd’hui de présenter un avion aussi complet qu’impressionnant. L’appareil a ainsi retrouvé sa magnifique livrée « Désert », avec les couleurs de la 11e Escadre de chasse et les insignes de l’escadron 4/11 « Jura » (SPA 158 et SPA 161).
Mais comme sur tout chantier de cette ampleur, rien ne se déroule exactement comme prévu. Quelques surprises ont jalonné la restauration et il a parfois fallu faire preuve d’ingéniosité. L’un des défis a notamment consisté à ouvrir les aérofreins, totalement verrouillés en l’absence de système hydraulique. Un vrai casse-tête… mais l’équipe a, une fois de plus, trouvé la solution. C’est aussi ce qui fait la richesse de ce métier : savoir s’adapter et trouver des réponses à chaque difficulté.
Le résultat est tout simplement impressionnant. Difficile d’imaginer que cet avion a plusieurs décennies tant son état est exceptionnel. On pourrait presque croire qu’il sort tout juste des chaînes de montage.
Cette restauration est une nouvelle démonstration du savoir-faire de l’équipe ART. Ce n’est d’ailleurs pas son premier chantier emblématique. Elle est également à l’origine de la réalisation de la stèle du Mirage IV inaugurée à Colombey-les-Deux-Églises à l’occasion du 60e anniversaire des Forces aériennes stratégiques.
L’inauguration s’est déroulée sur la Base aérienne 113 de Saint-Dizier, en présence du commandant de la base, le Colonel Matthieu Ponin-Ballom, et du commandant des Forces aériennes stratégiques, le Général de corps d’armée Stéphane Virem. Ce moment est venu saluer le travail réalisé par les équipes ayant participé à ce projet et marquer le départ prochain de l’appareil vers sa nouvelle destination (les Américains ont vraiment de la chance…). J’ai par ailleurs indiqué que sur le toit de ma résidence, il y avait de la place pour le déposer si jamais les américains n’en voulaient plus :-P
Parmi les personnes présentes figuraient plusieurs anciens pilotes de Jaguar, dont l’un avait eu l’occasion de voler sur ce Jaguar A148. Le revoir dans un état aussi exceptionnel a sans doute été un moment chargé d’émotion et de nostalgie. J’ai cru deviner dans leur regard tout l’attachement que ces machines peuvent susciter chez celles et ceux qui les ont pilotées.
Au-delà de l’avion lui-même, cette inauguration a surtout été un formidable moment d’échanges entre passionnés. Les discussions allaient bon train, chacun partageant souvenirs, anecdotes techniques et expériences autour de cet appareil emblématique.
Et les projets ne manquent pas pour l’équipe ART. Un Mirage IV figure déjà parmi les prochains chantiers. Mais, à écouter certains membres de l’équipe, un Mirage F1 aurait aussi une place de choix dans l’atelier. à suivre…
À travers ce reportage photo, nous vous proposons de découvrir les différentes étapes de cette restauration d’exception (et bien sûr le résultat final…). Des premières opérations de démontage jusqu’aux derniers marquages, ces images témoignent du travail de précision, de la passion et du savoir-faire de l’équipe qui a permis à ce Jaguar d’écrire un nouveau chapitre de son histoire.
Dépose des moteurs. Mode cannibalisation ON!
Manip siege éjectable - Martin Baker MK4... c est sportif aussi!
Remontage des ADOUR sur notre Jaguar
Phase de décapage au sable
Peinture d'une maquette Echelle 1:1 :-)
Il ne restera que les marquages pour avoir un resultat parfait
Un peu d’histoire :
L’Escadron de chasse 04/011 « Jura » est créé le 1er janvier 1973 sur la base aérienne 188 de Djibouti, devenant le seul escadron de chasse de l’Armée de l’air stationné outre-mer. Équipé de F-100 Super Sabre, il reprend les traditions de l’EC 03/011 « Jura » et des escadrilles SPA 158 « Serpentaire » puis, à partir de 1975, SPA 161 « Sphinx ».
L’unité se distingue par ses nombreuses missions d’appui au sol et de défense aérienne, ainsi que par ses F-100 ornés d’une célèbre gueule de requin, devenue son emblème le plus marquant.
En novembre 1978, le « Jura » est dissous à Djibouti lors du remplacement des F-100 par des Mirage III. Quelques semaines plus tard, le 12 décembre 1978, l’escadron renaît sur Jaguar avant de rejoindre la base aérienne 106 de Bordeaux-Mérignac, où il est chargé des missions d’intervention extérieure de la Force d’Action Extérieure.
Au cours des années 1980, il participe aux principales opérations françaises en Afrique, notamment Murène (1980) et Manta (1983-1984) au Tchad. Le 25 janvier 1984, l’escadron est durement touché par la disparition du Capitaine Michel Croci, chef des opérations, tué en mission au-dessus de Toro Doum.
L’EC 04/011 (avec notamment CE Jaguar) participe ensuite à l’opération Daguet pendant la guerre du Golfe (1990-1991), dernière grande campagne de son histoire. À la suite de la réorganisation de l’Armée de l’air, il est dissous le 3 juin 1992, marquant la fin définitive de l’escadron « Jura ».
Capitaine Croci : Crédit https://www.pilote-chasse-11ec.com/
Je tiens à adresser mes remerciements à l’ensemble des personnels de l’équipe ART pour leur accueil, leur disponibilité et le partage de leur passion tout au long de cette visite. Leur engagement et leur exigence ont permis de redonner vie à un avion emblématique de l’histoire de l’Armée de l’air et de l’Espace. Un grand merci en particulier au Sergent Alexis qui a eu la gentillesses de me procurer les photos du chantier pour illustrer cette article.
Mes remerciements vont également au commandant de la Base aérienne 113 qui m’a offert l’opportunité d’assister à cette inauguration. Nous avons pleinement conscience du caractère privilégié de ce moment et je suis particulièrement reconnaissants d’avoir pu le partager avec eux.
Article et crédit photo : Pierre RAVRY ANORAAE
Crédit photo chantier : ART
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